
MONTHS AGO
Je sens ta présence. Je ne te connaissais pas il y a encore quelques mois… mais toi tu me connais bien plus que je ne l’aurais voulu. Tu m’observes depuis longtemps, tapie dans l’ombre, tu me guettes comme une lionne prête à bondir sur sa proie. Sauf que tu fais partie de moi. Tu transformes ma douceur en violence, ma sagesse en incohérence. Tu brouilles mes pensées et mes réflexions, tu m’induits en erreur. Tu lacères mes entrailles de tes griffes acérées, un rictus moqueur sur les lèvres et le regard hautain. Je me bats contre toi -contre moi- sans savoir si je fais le poids. Sans savoir si la lutte est même justifiée ou si la cause est perdue d’avance. Tu te fais oublier, ton feu ardent bouillonne silencieusement puis tu ressurgis à la surface sans crier gare. Tu es vicieuse, tu es menteuse et manipulatrice. Tu es comme un océan déchaîné qui fait perdre la raison, disparaître l’horizon. Tu m’englouties. Tu essayes de me noyer, doucement, en me chantant une berceuse rassurante à vomir ; pendant que tu accentues la pression autour de mon cou. Tu tentes d’assombrir ma vision, pour que je vois le monde comme toi. Parfois tu prends le contrôle, tu me persuades, le temps de quelques secondes. Tu ne te sers pas de ma faiblesse, c’est toi qui la crée, qui l’invente. Et tu gagnes du terrain, tu prends le dessus et je n’y peux rien. Je le sens dans ma poitrine, au plus profond de moi, tu me mènes droit vers mon trépas.


Lorsque j’écrivais ses lignes il y a plusieurs mois maintenant, j’étais persuadée que je m’adressais à ma jalousie. Une part de moi nouvelle, que je n’assumais pas. Elle commençait à me définir, et à prendre beaucoup trop de place. Bizarrement, en relisant ces mots, je ressens de nouveau ce sentiment me hanter. C’est bouleversant de relire ce texte sous un tout autre angle. Avec le recul de ces derniers jours, je pense qu’il y avait une part de jalousie et de noirceur que je craignais terriblement, oui. Mais je pense que cette lutte intérieure n’était pas contre elles. C’était contre mon instinct. Ces mots lui étaient destinés… Il essayait de me guider, de me dire de faire demi tour, de me souffler à l’oreille que tout ces signes, toutes ces choses évidentes n’avaient rien à faire là.
J’entendais. Mais je n’écoutais pas. Je voyais, mais je n’ouvrais pas les yeux.


Quand tes cauchemars sont en fait une réalité, illustrée dans les songes de nuits tourmentées…
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Flashback
Ce soir, j’ai pris mon premier repas depuis 48 heures. Je n’ai rien pu avaler d’autre que de l’alcool et quelques conneries à grignoter depuis deux jours. Ce soir, je pleure dans un lit qui n’est pas le mien mais qui est devenu un refuge. Un endroit où je me sens plus en sécurité et apaisée que sous mon propre toit.
Un de mes foyers.
Aujourd’hui, comme depuis le début, j’ai été entourée de soutien et d’amour, mais pour la toute première fois je me suis sentie seule malgré tout. Et c’est une des pires sensations que j’ai jamais ressentis.
C’est étrange, de voir les visages des personnes que j’aime, et ces images floues ignobles et omniprésentes à la fois. De vouloir écouter leurs voix et leurs histoires mais de n’entendre que ces mots écœurants tourner en boucle. Comme si mes oreilles bourdonnaient des horreurs alors que je désirais entendre le réconfort. Déstabilisant.
It was two weeks ago.


NOW
Je n’ai pas écris depuis presque un an. Enfin, j’ai écris, mais je n’ai rien publié. Parce que je n’étais jamais totalement en phase avec mes textes ; mon coeur et ma raison n’étaient plus sur la même longueur d’onde. Parce que cette dernière année n’a été que montagnes russes, hauts, bas, loopings et chutes.
Ah, on se casse pas sévèrement la gueule du haut du manège normalement ? Oupsi.
Pendant quelques heures, je me suis sentie comme Frankenstein, zombifiée, avec des morceaux assemblés à la va vite histoire que ça tienne plus ou moins en place. Comme si j’avais sauté d’une immense falaise dans l’espoir de faire un plongeon correct, pas parfait mais au moins digne de ce nom, et qu’à la place j’avais fais le pire des plats. Surprise.
Ça pique, ça arrache sa race même. Tu perds un peu connaissance, tu te laisses submerger, engloutir, tu perds pieds, tu n’as plus d’air, tu ne respires plus, tu ne penses plus. Puis tu sais que si tu ne remontes pas vite à la surface, tu vas te noyer. Alors tu bouges ton cul pour t’accrocher, tu avances, tu luttes, et tu sors la tête de l’eau pour reprendre vie.
La colère et le dégoût seront des blessures longues à refermer. J’ai un coeur écorché, une confiance en moi ébranlée, certes. Mais je me suis déjà relevée, je suis déjà debout. Prête à avancer. Et je ne suis pas seule, je n’avance pas sans soutien, bien au contraire. Et j’en suis infiniment reconnaissante.
Je n’en tire pour l’instant encore aucune morale… sauf peut être : « écoutes ton putain d’instinct bordel !! »
(Okay, je le concède, il y a un chouilla plus de rancoeur que de recul là dedans. Le temps fera son œuvre).
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Mais si il y a bien quelque chose que je retiens de toute cette merde, c’est la fucking chance que j’ai d’avoir malgré tout des gens en or autour de moi.
Je me dois d’être forte parce que je veux être forte pour les autres.
Ils méritent que je sois la meilleure version de moi même, tout simplement parce que moi aussi, je veux être un foyer pour eux.

